dimanche 13 mars 2011

Séisme de Sendai

Le Japon a été frappé par un séisme sans précédant le 11 mars dernier. Pour la plupart des gens, ce fut une surprise en ouvrant le téléviseur de voir les images des vagues déferlant sur les villes et les champs du Japon.

Étant géologue, les gens autour de moi m'ont tout de suite demandé "Qu'est-ce qui s'est passé? Est-ce qu'on est protégé de ça à Vancouver?" Je tente donc dans cet article de faire un peu la lumière sur cet événement qui a eut lieu il y déjà plus de 72 heures, mais qui est toujours aussi d'actualité.



À chaque fois qu'un tel événement survient, je ne peux m'empêcher de ressentir un mélange d'émotions contradiction.

Premièrement, je suis fascinée par les forces géologiques impliquées, la mécanique en jeu. La plaque tectonique du Pacifique, plus froide et dense, se glisse sous la plaque d'Okhotsk, chaude et légère, sur laquelle repose les îles du Japon. L'énorme friction entre les deux plaques obligent la plaque d'Okhotsk à se plisser sous le mouvement continuel de la plaque du Pacifique.

Deuxièmement, lorsque je quitte mon titre de géologue, je suis triste de voir les images du désastre, incapable de regarder les vidéos du tsunami en direct. La destruction de villes entières et de la vie de plusieurs personnes par une cause naturelle impliquant la géologie est quelque chose que je prends très à coeur. C'est dans des situations comme celle-ci que je me sens mal d'être une géologue. Je peux expliquer ce qui s'est passé, je peux décortiquer les événements et leur trouver une logique, mais je ne peux rien faire pour le prévoir, pour protéger la population.


Ce qui s'est passé


La profondeur du tremblement de terre est un très bon indicateur de ce qui s'est passé. La plaque d'Okhotsk, fortement plissée à sa jonction avec celle du Pacifique, va "snapper" pour relâcher la pression. Comme il s'agit de la plaque du dessus, ce relâchement va se produire à une faible profondeur, et va entraîner un mouvement des îles qu'elle supporte, puisque la bordure de la plaque d'Okhotsk va se retrouver plus à l'est, et déplissée en partie.

Ce ne sont pas tous les séismes de subduction (nom donné aux zones où la plaque océanique glisse sous une autre plaque) qui déclenche un tsunami, pas plus que sa magnitude ne peut prédire la présence et la hauteur d'un tsunami.

Lorsque le séismes se produit à une plus grande profondeur, nous nous retrouvons dans le cas d'une rupture de la plaque océanique sous la plaque plus légère. Puisque cela n'implique pas de relâchement de pression au niveau du plancher océanique, le séisme ne produira pas de tsunami, peu importe sa magnitude. Ce type de séisme se retrouve habituellement à une certaine distance de la zone de subduction, contrairement au séisme de Sendai.


Et Vancouver?


Habitant dans la grande région de Vancouver, je me fais souvent demander si cette ville est à risque d'un séisme d'une magnitude comme celui du Japon, et si un tsunami serait à prévoir.

La zone de subduction la plus proche de nous se situe au large de la côte ouest de l'île de Vancouver et rejoint le continent au sud de l'état de l'Orégon aux États-Unis. La plaque de Juan de Fuca (océanique) glisse sous l'île de Vancouver et le Nord-Ouest des États-Unis (plaque Nord-Américaine). Les experts s'entendent pour dire que ces deux plaques sont butées l'une contre l'autre, dans une configuration semblable au Japon. Il y a un blocage qui peut se résoudre par un séisme de très fort magnitude.

Si un tremblement de terre se produisait au large de l'île de Vancouver, la chance ne serait pas de notre côté. Il est probable qu'un tsunami serait déclenché, et l'île ne nous offrirait qu'un peu plus de temps pour évacuer vers un terrain plus élevé.

Certains endroits sont beaucoup plus à risque face à un Tsunami : les villes de Richmond et Delta et une partie de Surrey entre autre. Je voudrais habiter sur du roc, mais du roc qui ne se trouve pas au niveau de la mer comme le centre-ville de Vancouver. De plus, la présence de nombreux fjords et burrards augmente la possibilité de hautes vagues, plus que sur la côte.

Des tremblements de terre sous la ville de Vancouver même sont également possible, et se dérouleraient en profondeur. Une partie des bâtiments seraient détruits, et comme pour n'importe quel séisme pouvant se produire près de la ville, des risques de glissement de terrain sont à craindre.

Conseils

C'est à nous d'être préparé pour ce genre d'événement en gardant de l'eau en bouteille pour les cas d'urgence, de la nourriture en conserve facile à préparer, d'avoir des lampes de poches et de piles prêtes à être utilisées, une trousse de premier soin, et une radio à pile pour écouter les mesures d'urgence et d'évacuation. Les cellulaires pourraient fonctionner, mais si vous êtes comme moi, mon téléphone semble toujours déchargé lorsque j'en ai le plus besoin. En cas de désastre, n'utilisez l'électricité que pour les besoins de base. Certaines infrastructures peuvent être endommagés et la demande en électricité pourrait être trop grande pour les réseaux fonctionnels.

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